Les causes de l’internement de Camille Claudel

Publié le 16 mars 2026 à 15:10

Camille Camille a passé les trente dernières années de sa vie enfermée dans un prison. Enterrée dans une fosse commune, ni sa mère ni son frère Paul n’ont souhaité qu’elle retrouve une vie normale au cours de toutes ces années. Alors que la Loi juge l’internement légitime pour deux raisons : que l’interné constitue un danger pour la société et/ou pour lui-même, on continue de se questionner sur le cas de cette artiste de génie qui ne fut jamais violente ni menaçante à l’égard de personne.

Pourquoi Camille Claudel a-t-elle été internée ?

L'histoire de Camille Claudel continue de fasciner et de questionner les amateurs d’Art, mais pas seulement. Ce que l’on ne sait plus comment appeler (enfermement, emprisonnement, isolement, soustraction...) aura duré trente ans jusqu'à sa mort. Si la fragilité psychologique de Camille Claudel est avérée - causée par une superposition de contextes délétères (familial, sentimental, social et artistique) -, rien ne semble pouvoir justifier une tel abandon. Mais parce que le constat ne remet pas en question l’origine de l’internement de 1913, replaçons nous dans la chronologie des faits.

Pourquoi Camille Claudel a-t-elle été enfermée ?

Camille Claudel est internée le 10 mars 1913, à la demande de sa famille, et quelques jours seulement après la mort de son père. En tant que seul « mâle » encore vivant, c’est Paul Claudel qui signe la demande d’isolement.

  1. Une santé mentale déclinante : Il est historiquement admis que Camille souffrait de troubles psychiatriques réels, que la médecine moderne identifierait probablement comme étant une schizophrénie paranoïde. Vivant recluse dans son atelier du quai de Bourbon, sans revenu, aidée discrètement par son ancien amant Auguste Rodin, Camille Claudel se clochardise. Le père est au courant de la situation, supplie son fils de venir les aider, mais Paul est un diplomate en vadrouille. Camille barricade ses fenêtres, persuadée qu’elle est que « Rodin et sa bande » cherchent à lui voler ses œuvres. Elle ne sait pas qu’il fait partie des quelques personnes qui la soutiennent, mais le saurait-elle que cela ne changerait rien à l’affaire.
  2. Le choc de la rupture et l’isolement : Contrairement à ce qui a souvent été dit, ce n’est pas sa rupture sentimentale d'avec Rodin qui aurait aggravé ses tourments. C’est Camille qui quitte Rodin et c’est Rodin qui la supplie de renouer leur liaison. D’ailleurs, des lettres attestent de la parfaite « bonne santé mentale » de Camille, notamment quand elle soutient Rodin au moment de son « Balzac » que la SDGL (Société des gens de lettre) lui a commandé, avant de n’en plus vouloir (jugeant l’œuvre grotesque). C’est plutôt sa précarité financière qui aggrava sa paranoïa, Camille Claudel ayant beaucoup de mal à trouver des commandes. Subissant la misogynie de l’époque, elle sera même mise à l’écart d’un appel d’offre, lorsque l’un des membres du jury découvrit que Camille était un porté par une femme...
  3. Le poids des conventions sociales : L’isolement dont a souffert Camille Claudel fut entériné par une mère qui avouait sa honte d’avoir une fille maîtresse d’un homme de l’âge de son père et par la société qui jugeait infréquentable une jeune femme célibataire, arrogante et méprisante.
  4. La cause cachée : On l’évoque rarement, mais les avortements successifs de Camille Claudel, avérés par une lettre de Paul à la femme de Paul Morand, ont sûrement accéléré le désordre mental et le désespoir d’une femme plus fragile, finalement, que le marbre quelle savait sculpter (au contraire de Rodin qui ne savait que modeler le plâtre et l’argile).

L'internement de Camille Claudel était-il abusif ?

Si le placement initial pouvait se justifier en raison de la situation morale et de l’hygiène de Camille Claudel, la durée et les conditions de cet internement seraient de nos jours jugées abusives et même cruelles.

Un abandon familial évident

Pendant trente ans, la mère de Camille Claudel n'est jamais allée la voir à l’asile. Quant à son Paul, qui est celui de la famille qui venait le plus souvent rendre visite à Camille (une douzaine de fois en trois décennies), on peut lui reprocher son cynisme eut égard sa foi chrétienne si souvent revendiquée. Malgré les lettres déchirantes de Camille - dont la langue et le style ne semblent pas être l’œuvre d’un être démoniaque ou aliéné - dans lesquelles elle supplie de pouvoir rentrer dans la maison familiale ou d'être placée dans un environnement plus serein, aucun membre des Claudel n’acceptera sa libération.

Le diagnostic médical ignoré

On sait, les lettres existes, que les médecins de l'asile de Montdevergues ont écrit à plusieurs reprises à la famille Claudel pour suggérer une sortie provisoire de Camille. Ses lettres font état d’un comportement apaisé, d’une patiente calme et agréable à vivre ne présentant aucun signes d’agressivité à l’égard de quiconque. Malgré ces recommandations, la mère refusera systématiquement que sa fille soit libérée ; et Paul ne fera pas mieux en laissant croupir sa sœur à l’asile jusqu’à sa mort.

Camille Claudel est morte de faim en 1943, comme 45 000 autres malades mentaux dans les hôpitaux psychiatriques français sous l'Occupation, dans l'indifférence quasi-totale de ses proches. Si l'internement initial pouvait être une tentative de soin et de gestion médicale d'une détresse psychique réelle, le maintien en détention de Camille Claudel pendant 30 ans est considéré par les historiens comme un abus de pouvoir familial. Elle n'a pas été soignée, pour ainsi dire, mais « mise au secret » pour protéger la réputation d'une famille qui ne tolérait pas sa marginalité. Son arrière petite nièce, Reine-Marie Paris, évoquant une gêne et un mutisme dérangeant lorsque, enfant, elle demandait qui était donc la personne qui avait sculpté telle ou telle œuvre exposée dans un salon bourgeois des Claudel...

Rentrée littéraire 2026

Parution : le 4 septembre 2026

RENTREE LITTERAIRE

Camille victime de Claudel

19,90 €

Camille Claudel a été oubliée trente-cinq ans dans un asile, avant d’être enterrée dans une fosse commune.

Son petit frère – en fervent catholique – a préféré que l’on ne l’oublie pas en faisant bâtir de son vivant sa propre sépulture ; sur la pierre de laquelle il fit graver : Ici reposent les restes et la semence de Paul Claudel…

Quant au grand frère ? Son absence a fait beaucoup de tort à Camille. 

Dans ce nouveau roman passionnant – au suspense psychologique prenant – l’auteur nous donne à voir Camille Claudel sans jamais nous la montrer ; peut-être pour nous convaincre que les absents n’ont pas toujours tort.

Mise en vente : 4 septembre 2026

Frédéric Viguier est l’auteur de trois romans : Ressources inhumaines - Albin Michel, Aveu de Faiblesses - Albin Michel et Livre de Poche, La vérité n’aura pas lieu - Plon.

Il a également écrit la pièce de théâtre L’Annonce faite à Camille, qui a été jouée au Festival Off d’Avignon à l’occasion du centenaire de l’internement de Camille Claudel.

Ce roman a reçu le soutien du CNL.


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