La fin de vie Camille Claudel

Camille Claudel a marqué son temps de par son talent évident pour la sculpture, son caractère emporté et passionné, et bien sûr sa liaison sulfureuse avec l’immense Auguste Rodin. Mais comment expliquer que son aura soit toujours aussi vivace plus de 80 ans après sa disparition ? En raison de ses chefs-d’œuvre ? Pas seulement... Car si Camille Claudel a su, à partir d’un bloc de marbre ou d’un morceau de glaise, insuffler une émotion emblématique de son destin hors du commun, c’est autre chose qui a participé à la création d’un mythe. Le début de la fin des illusions débute le 10 mars 1913, c’est-à-dire le jour de son internement — quelques jours après la mort de son père — et s’achève trente ans plus tard (après une vie recluse, isolée dans un asile, si loin de sa famille et de son art).

De la frénésie au silence de l'asile

Le contraste entre les deux versants de la vie de Camille Claudel est fascinant, car, si l’on réussit à ne pas se satisfaire de se lamenter sur la tragédie de ce destin sacrifié, cela augure une réflexion passionnante sur le rôle et la finalité de la création artistique. En effet, si la première partie de l'existence de Camille Claudel fut marquée par une obsession et une frénésie créatrice (qu’il s’agisse de dessin, de modelage et de sculpture), la seconde n’est que ruine et ennui. Cette personnalité enjouée et animée d'une passion dévorante, tant pour la création artistique que pour son maître et amant, Auguste Rodin, n'était que mouvement, feu et révolte. Cependant, une fois les grilles de l'asile refermées (en 1913), Camille allait sombrer dans une apathie créative assumée durant trente ans. Alors même que la « thérapie par l'art » commençait à être expérimentée dans certains établissements psychiatriques pour soigner les âmes tourmentées, Camille refuse catégoriquement de toucher à l'argile. Pour elle, sculpter sans liberté n'a aucun sens ou c’est parce qu’elle ne créait que pour se « faire du bien » à l’âme que sa passion s’est éteinte. Ce silence artistique pourrait être pris pour une forme de résistance, ou le signe d'un découragement, alors qu’il est plus juste de rappeler que bien avant son internement, Camille ne proposait plus d’œuvres majeures, qu’elle recyclait des anciens plâtres ou pire : qu’elle sacrifiait ses créations (faisant de son atelier un dépotoir au sol encombré de plâtres brisés).

L’abandon et la mort

Le dernier chapitre de sa vie se joue durant les années sombres de l'Occupation. Le 29 septembre 1943, Paul Claudel rend visite à sa sœur une ultime fois à l'asile de Montdevergues. Camille est alors l'ombre d'elle-même, affaiblie par des décennies d'enfermement. Moins d'un mois plus tard, le 19 octobre 1943, l'artiste s'éteint à l'âge de 78 ans.

Les causes de sa mort sont le reflet des conditions atroces subies par les malades mentaux sous le régime de Vichy. En pleine Seconde Guerre mondiale, Camille meurt de pénurie alimentaire, victime de la faim, du manque de soins et d'une hygiène déplorable. Elle fait partie de ces milliers de « fous » abandonnés par la société et leur propre famille. Ultime tragédie : Paul Claudel ne répond pas aux sollicitations du directeur de l'asile concernant les obsèques. Faute de prise en charge familiale, Camille Claudel est enterrée dans une fosse commune, scellant ainsi par un anonymat brutal la fin d'une vie qui fut pourtant dédiée à l'expression la plus singulière et la plus éclatante du génie humain

RENTREE LITTERAIRE

Camille victime de Claudel

19,90 €

Camille Claudel fut oubliée trente ans dans un asile, avant d’être enterrée dans une fosse commune.

Son petit frère – en fervent catholique – a préféré que l’on ne l’oublie pas en faisant bâtir de son vivant sa propre sépulture ; sur la pierre de laquelle il fit graver : Ici reposent les restes et la semence de Paul Claudel…

Quant au grand frère ? Son absence a fait beaucoup de tort à Camille. 

Dans ce nouveau roman passionnant – au suspense psychologique prenant – l’auteur nous donne à voir Camille Claudel sans jamais nous la montrer ; peut-être pour nous convaincre que les absents n’ont pas toujours tort.

Mise en vente : 4 septembre 2026

Frédéric Viguier est l’auteur de trois romans : Ressources inhumaines - Albin Michel, Aveu de Faiblesses - Albin Michel et Livre de Poche, La vérité n’aura pas lieu - Plon.

Il a également écrit la pièce de théâtre L’Annonce faite à Camille, qui a été jouée au Festival Off d’Avignon à l’occasion du centenaire de l’internement de Camille Claudel.

Ce roman a reçu le soutien du CNL.

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