Tintin au pays des Soviets : 1er album d'Hergé

Le premier album de Tintin dessiné par Hergé est paru en 1929. Tintin incarne un jeune reporter envoyé à Moscou par son journal, Le Petit Vingtième. L’objectif de Tintin et de ce voyage ? Raconter la réalité de l’Union soviétique et ses dérives totalitaires. Accompagné d’un chien qui portera définitivement le même nom que l’ancienne fiancée d’Hergé, Tintin va échapper à un attentat organisé par les services secrets soviétiques. On l’aura compris : notre nouvel héros n’est pas le bienvenue chez les Soviets...

Durant son périple, Tintin va découvrir les coulisses du régime bolchevique. Hergé mettra en scène un pays où la réalité est maquillée et les opposants réprimés. Tous les clichés sont utilisés au profit d’une critique acerbe du régime soviétique, à l’instar de la posture de ceux qui revendiquaient leur « anti-communisme primaire » :

  • Usines en carton-pâte
  • Elections truquées sous la menace des armes
  • Réquisition du blé chez des paysans affamés

Hergé, compte tenu de son jeune âge et de sa culture politique, n’utilise pas Tintin pour faire la promotion de ses propres convictions. On sait aujourd’hui que le créateur de Tintin était le bras armé de l’Abbé Wallez, le directeur du journal Le XXe siècle étant connu pour ses idées réactionnaires et colonialistes, ce dont pâtira Hergé lorsqu'on lui reprochera certaines dérives racistes visibles dans les premiers albums :

  • Tintin en colon paternaliste et donneur de leçons au Congo
  • Les patronymes et les caricatures sémites dans l'album L'Étoile mystérieuse 

 

Contexte de la parution de Tintin au pays des Soviets

Tintin au pays des Soviets est publié à partir du 10 janvier 1929 dans le supplément jeunesse du XXe siècle (appelé Le Petit Vingtième). Tous les jeudis, les jeunes lecteurs belges vont donc faire connaissance avec ce nouveau héros et assisteront à l’apparition de sa fameuse houppette à l’occasion d’une accélération fulgurante...

Ce premier album s'inscrit dans un contexte de propagande anticommuniste auquel participe activement le patron d’Hergé (le fameux abbé Norbert Wallez). Cet homme a repéré les talents de dessinateurs du jeune Georges Remi, qui pourtant ne maîtrise pas parfaitement son sujet, et deviendra rapidement son mentor. Fervent catholique de droite et nationaliste convaincu, il va façonner la personnalité de son dessinateur maison selon ses principes et fera tout pour que sa secrétaire (Germaine Kieckens) épouse cet ancien scout de bonne famille.

Critique de Tintin au pays des Soviets

Cet album occupe une place singulière dans l’œuvre d’Hergé en raison de son faible niveau graphique, de sa trame narrative peu aboutie et de son propos peu étayé, voire aisément contestable (même si l’on sait qu’Hergé s'était documenté à partir de la lecture du livre de Joseph Douillet Moscou sans voiles).

Voici les principales critiques émises par les critiques et les historiens du 9e Art :

  • Le style graphique : En étant charitable à l’égard du dessin de Tintin au pays des Soviets, on pourrait parler d’un « brouillon » en devenir ou des premiers pas hésitants d’un génie. Le plus surprenant, finalement, c’est de constater le lent changement de voilures entre ce premier album et les derniers albums de la série ; comme si un autre dessinateur s’était chargé de faire oublier les premiers albums et de faire de Tintin une référence de la BD. Relire Tintin au pays des Soviets, c’est constater qu’Hergé était loin de maîtriser son art et que son style hésitant et nerveux n’évoquait en rien la fameuse « Ligne Claire » qui fera sa renommée.

  • La narration : Tintin au pays des Soviets ne raconte pas d’histoire, comme saura pourtant si bien le faire Hergé par la suite. Cet album est une succession ininterrompue de gags plus ou moins amusants et de péripéties à lire chaque semaine sous forme de feuilleton. Tintin est un héros sans peur et sans reproche dans un pays où il ne fait pas bon se présenter en opposant ou critique. Notre héros est invincible et Milou déjà très bavard (comparativement aux albums suivants où Hergé modèrera son babille).

  • La controverse : Tintin au pays des Soviets est considéré comme une œuvre de propagande caricaturale. Il est peu apprécié des tintinophiles (lire à ce sujet l’enquête passionnante sur les albums préférés des passionnés de Tintin en cliquant sur ce lien) et ne fut réédité officiellement qu’en 1973, avant d’être mis en couleur en 2017.

Vous pensiez profiter encore longtemps des moments de lecture de vos bandes dessinées préférées qui, selon la formule consacrée, ont bercé votre jeunesse ? Pas de chance... Le Docteur Guido n'a aucune envie de continuer de se laisser bercer..

Édition poche : 13 x 0.80 x 21 cm / 250 g (couverture souple). ISBN : 9798265063649 - 125 pages

Édition luxe : 15.84 x 1.37 x 23.46 cm / 350 g (couverture rigide). ISBN : 9798277556566 - 92 pages

 

Tintin au pays des Soviets au XXIe siècle

Mise en couleurs de l'album

Tintin au pays des Soviets est resté le seul album de Tintin exclusivement disponible en noir et blanc. Finalement, une version en couleur a été publiée le 11 janvier 2017 à l’occasion des 88 ans de Tintin. Le dessin n'a pas été retouché, contrairement à celui des Cigares du Pharaon, du Lotus Bleu ou de L’île Noire, mais une mise en couleurs numérique a été réalisée sans modifier les tracés à l’encre originaux. L’objectif était triple : cesser de renier un album qui a eu le mérité de lancer les Aventures de Tintin, rendre l'album plus accessible auprès d'un lectorat moderne et satisfaire les passionnés de Tintin en mal de nouveautés.

La cote des anciens Tintin au pays des Soviets

Après sa publication initiale en feuilleton, un album fut édité à 10 000 exemplaires au mois de septembre 1930. Cette édition originale est le "Graal" absolu de tout collectionneur de bande dessinée. Avant sa mise à disposition, l’album fit l’objet d’une souscription qui proposait aux cinq cents premiers acheteurs de recevoir un exemplaire signé par Tintin et Milou. Sur chaque album de cette édition était inscrit le « mille » auquel il appartenait (soit 10 fois mille) : cette indication permettant de nos jours d’estimer la valeur réelle des exemplaires encore en circulation...

  • L'album : Il s'agit d'un album cartonné au dos en toilé et sans nom d'éditeur sur la couverture, sur laquelle on peut lire « Les aventures de Tintin, reporter... »

  • La rareté : Les 500 premiers exemplaires numérotés et signés « Tintin et Milou » sont les plus recherchés

  • La valeur : Un exemplaire original en bon état peut se négocier entre 15 000 € et 30 000 €. Un exemplaire numéroté, signé et en état exceptionnel peut se vendre plus de 50 000 € et même approcher les 100 000 € aux enchères

Collections 7SANS14

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