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Tintin au pays des Romains

Depuis quelques jours, une rumeur circule dans la ville de Nîmes : la canicule de l'été 2026 ne fut pas plus mal vécue que les autres. Une histoire d'habitude, nous direz-vous, dans une ville réputée pour ses températures élevées au mois d'août ?

Pas du tout et en voici la preuve : un habitant récemment installé refuse systématiquement de se promener dans les rues de Nîmes en bermuda ou en chemise hawaïenne, mais en imperméable, pantalon beige et pull bleu...

Le Docteur Guido vous propose de partir à la découverte de tout ce qui se cache sous la houppette de cet original qui, malgré un âge peu conforme à l'idée que l'on se fait de celui du copain du Capitaine Haddock, continue de se déguiser en Tintin. 

L'ombre d'un doute...

Note du rédacteur : une autre rumeur persistante affirme que ce sosie de Tintin n'est autre que Jean Dubois, l'auteur de trois essais sur Hergé et Tintin. Mais ce serait oublier que Jean Dubois n'existe pas (la démonstration est à lire en cliquant sur ce lien). 

1 - Cher Alexandre Privet, on peut vous apercevoir dans les rues de Nîmes déguisé en Tintin, alors que vous n’êtes pas de Nîmes et que vous ne lisez pas les albums d’Hergé.

Si, effectivement, je ne lis pas ou si peu les Aventures de Tintin, je tiens à préciser que petit j’appréciais déjà la bande dessinée belge. Je lisais le magazine Spirou, les albums de Boule et Bill ou les histoires de Tom-Tom et Nana. C’est vrai que, concernant Tintin, ce sont les dessins animés que j’ai le plus regardés... Et pour répondre au pourquoi de ma présence à Nîmes, disons que j'ai peu voyagé loin de France dans ma vie, alors plutôt que d’aller à Rome, pourquoi pas Nîmes ? J'ai grandi en Seine-Saint-Denis, précisément à Villepinte, dans un quartier où toutes les nationalités se côtoyaient... Un genre de voyage sans besoin de bagage. C’est comme ça que j'ai pu visiter le Portugal, le Vietnam, l'Algérie, le Maroc ou Israël sans faire trop de kilomètres. Je n’ai rencontré que des gens formidables. Malheureusement, en raison de problèmes familiaux, on m’a placé en famille d’accueil et j’ai dû partir vivre à Toulouse. C’est dans cette famille que j'ai commencé à vraiment voyager, que j'ai découvert la Suède, la Norvège et la Finlande. Des pays que Tintin a peut-être visité dans l’album L’Etoile mystèreuse, mais il faudrait demander ça à un tintinophile averti...

2 -  Racontez-nous comment vous avez réalisé que vous ressembliez à Tintin, le personnage créé par Hergé ?

En 1999, j'étais jardinier. Métier que j’ai exercé jusqu’à mon accident qui m’a rendu handicapé d'une main. Un collègue de travail m’a proposé de l’accompagner dans une salle de musculation. Le jour de mon inscription, la patronne a dit : « Tiens, mais c'est Tintin ! »... Bon, j’ai souri sur le coup. A cette époque, je m'habillais en costard blanc et j'écoutais beaucoup Michael Jackson, Scorpion ou Eminem... J’étais loin de la Castafiore et de Tintin... Et puis le jour suivant, voilà que la même femme me répète qu’elle est sérieuse, que je ressemble vraiment à Tintin... Ou peut-être à l’acteur des films (NDLR : Jean-Pierre Talbot)... Je continuais de trop rien répondre, avant que tous les habitués de la salle prennent l’habitude de m’appeler Tintin. La patronne m’a donné un album d'Hergé, et ça m’a donné envie d’encore plus ressembler à son personnage fétiche. Je me suis donc coupé les cheveux très courts et j’ai coloré une mèche un peu plus haute que les autres... Une houppette, quoi...

Le Docteur Guido est un grand voyageur, mais c'est la première fois qu'il voyage dans une tête surmontée d'une houppette 

3 - Grâce à votre ressemblance avec Tintin, vous avez pu devenir ami avec le Capitaine Haddock. Est-ce que votre relation a aussi mal commencé que celle qui a fait du vrai Tintin et du vrai Capitaine deux amis inséparables ?

Ce qui a mal commencé, c’est plutôt mon enfance... Avec un père je n’ai presque pas connu et une mère qui m’a placé en famille d’accueil, à l’âge de 11 ans. Heureusement, je ne suis pas exactement comme Tintin, qui ne semble pas avoir de parents et de frères et sœurs. Personnellement, j'ai une soeur aînée que j’adore et qui m’a beaucoup aidé, comme lorsqu’elle m’a fait venir au Puy-en-Velay, un village super magnifique, un village où j’ai eu ce fichu accident du travail qui m’a paralysé la main (on m’a placé sur l’os du bras une barre de 15 centimètres fixée par 11 vis ).

Concernant ma rencontre avec le Capitaine Haddock, je m’en souviens comme d'une apparition incroyable. Je peux vous garantir que c’est un homme super gentil et adorable. Avant que l’on puisse se voir «  en vrai », on discutait chaque jour et chaque nuit, grâce aux réseaux sociaux, avec toute une bande. C’était des québécois. Ils me demandaient souvent de venir chez eux, mais au début j'étais pas très chaud d’aller dans un pays où il fait froid, avant de finalement prendre un billet d’avion au mois de juillet et de partir en direction de Sorel-Tracy. Le Capitaine Haddock m’a emmené dans un hôpital, là où sa femme avait rendez-vous, parce que dans la vie Haddock est marié, et là on a pu rencontrer des malades, discuter avec eux et poser pour des photos souvenirs.

Nous sommes également allés au Comiccon de Montréal. C’est un événement destiné aux amateurs de culture populaire où on peut rencontrer des artistes et découvrir des produits incroyables issus de l’univers de la science-fiction, des films d'horreur, des dessins-animés, des jeux vidéo et, bien sûr, de la bande dessinée. Des défilés de costumes sont organisés et nous avons fait notre petit effet dans les nôtres.

4 - Quels sont les points communs objectifs entre vous et Tintin, en dehors de la houppette ?

Quand j'étais plus jeune, je faisais beaucoup de randonnées. J’ai visité pas mal de départements français grâce à mes chaussures de marche et un sac à dos bien garni. J'ai habité un temps à Saint-Pons-de-Thomières. Un an de galère dans ce village, là où je n'aurais jamais dû m’aventurer, un peu à la manière du personnage d'Hergé, qui prend parfois des risques inutiles ou quand il n’écoute pas Milou qui lui dit comme dans l’album Objectif Lune (les seuls albums que je possède, ce sont les deux de l’aventure sur La Lune) : « ça y est ! Te voilà encore à faire de l’acrobatie ! Tu finiras par te rompre les os... » Ce que j’ai fait, mais pas en faisant de l’acrobatie... En déplaçant une machine outil.

Un autre point commun que j’ai avec Tintin, c’est l’imperméable de Colombo. Peter Falk est un acteur que j’adore. Il a su créer un personnage mythique comme Hergé avec moi... Enfin... avec Tintin. 

5 - Malgré une physionomie ressemblante avec Tintin, il y un détail qui manque à votre panoplie : un chien…

Je n’ai pas encore de petit chien blanc, mais j’ai toujours aimé les animaux. Quand j'étais plus jeune, je faisais beaucoup d'équitation et je m’occupais de 150 chevaux. Je nettoyais leurs écuries et je les emmenais promener alors que je n'avais que 11 ans. C'était super bien cette époque, mais malheureusement, j'étais mal logé et le radiateur ne fonctionnait pas. Je ne me rendais pas compte qu’on profitait de moi... J’étais un gamin heureux de vivre au milieu de tous ces cheveux et d'un bouc pas trop futé. Il me demandait sans cesse des câlins, et si j’étais occupé, alors il me fonçait droit dessus. Concernant les chiens, parce que même si je ne lis pas trop souvent les album de Tintin, je sais bien qu’il ne possède ni cheval, ni bouc (même si celui de L’Île Noire qui lui sauve la vie ressemble à une chèvre...), je voulais préciser que ma famille d'accueil avait un chien des Pyrénées. Il s'appelait Foste et il n'écoutait jamais les parents de ma famille d’accueil, alors qu’avec moi il semblait tout comprendre, où bien c’est moi qui le comprenais...

6 - Connaissant l’assiduité des ayants droits de l’œuvre d’Hergé à veiller à ce qui rien de visuel ou de dessiné ne soit inspiré « trait pour trait » du travail du créateur des Aventures de Tintin, ces derniers ont-ils été informés de votre mise en abîme personnelle et si réaliste du héros à la houppette ?

Avant 2024, je n’étais pas bien connu du grand public, mais depuis mes publications sur les réseaux sociaux et mes passages à la télévision (notamment chez Hanouna), je ressens une nette différence, plus d’attention. Ce serait encore mieux si j’étais accompagné de mon ami le Capitaine Haddock. Je ne me pose pas trop de questions si j’ai le droit ou non de me promener dans les rues de Nîmes comme si Tintin était descendu de la fusée lunaire. Je ne fais pas ça pour gagner de l’argent. Quand je parle aux gens qui m’ont reconnu, je communique un peu de joie et cela suffit à me dire que le sosie que je suis, c’est pas bien méchant, bien au contraire. Et puis, à ma façon, je participe à faire perdurer le mythe de Tintin, non ? 

7 - Un petit mot pour terminer ?

Simplement pour vous dire que maintenant que je suis sosie de Tintin, je constate que c’est plus facile de se déguiser et de parler aux gens quand ils s’approchent de moi, que de parler aux gens quand je ne suis pas dans mes habits de Tintin. Avec mon pull bleu, ma houppette et mon pantalon marron, je suis tellement à l’aise au milieu des inconnus, comme pendant la Féria de Nîmes, quand des enfants, des ados ou des adultes me prennent en photo, ou quand ils veulent que je leur signe des autographes... Je pense parfois au « vrai Tintin », celui des albums et je me dis qu’il est quand même fortiche, ce Hergé, d’avoir créé à partir d’une feuille de papier un personnage tellement marquant que les gens ont besoin de le voir, non pas en vrai, mais en chair et en os... 

Le diagnostic du docteur Guido

  • 7SANS14 : Cher docteur, vous avez suivi de près et questionné ce sosie non officiel de Tintin, qu’en pensez-vous ?
  • DG : Il me paraît évident que si l’habit ne fait pas le moine, la houppette fait Tintin, surtout si elle est teintée dans un jaune tirant vers l’orangé.
  • 7SANS14 : Mais encore ?
  • DG : S'il suffit de si peu de choses pour ressembler à un personnage de bande dessinée, puisque dans la rue des personnes prennent en photo monsieur Privet en l’appelant Tintin, c’est bien que celui qui a créé Tintin est un génie.
  •  7SANS14 : Ce n’est donc pas grâce à Tintin, que ce sosie ressemble à la créature d’Hergé, mais parce que le visage de Tintin est d’une simplicité diabolique.
  • DG : Nous dirons plutôt d’une efficacité redoutable, comme le démontre Jean Dubois dans son essai La véritable destination du Vol 714, lorsqu’il compare le visage de Tintin a un logo.
  • 7SANS14 : Bon, soit... Mais alors, il suffirait de se raser la tête et de se teindre en blond une houppette sur le sommet du crâne pour se faire arrêter dans la rue et signer des autographes du nom de Tintin ?
  • DG : Bien sûr, mais sans oublier de respecter ce que l’on nomme la charte graphique, soit les couleurs essentielles du logo créé par Hergé : le bleu et/où le jaune, et le marron.
  • 7SANS14 : Puisqu’il  est si facile de ressembler à Tintin, pourquoi n’y a-t-il pas plus de Tintin dans les rues ?
  • DG : Il y a deux raisons majeures qui peuvent expliquer le peu de sosies de Tintin dans les rues. La première de ces raisons : la peur du « gendarme », en l’occurrence les ayants droits de l’œuvre d’Hergé qui n’apprécient pas que l’on galvaude ou copie impunément les dessins, et donc les personnages, du créateur de Tintin. La deuxième raison, c’est qu’une certaine dose de folie est nécessaire pour changer de peau et se sentir vivant, c’est-à-dire utile et considéré, en s’incarnant dans un personnage de BD. C’est ce que nous dit Alexandre Privert : il se sent utile quand il visite les enfants malades dans les hôpitaux et heureux lorsque les gens viennent lui parler spontanément. 
  • 7SANS14 : Et vous cher Docteur, quel personnage de Tintin pourriez-vous incarner en tant que sosie ?
  • DG : Mais... Comment osez-vous ?
  • 7SANS14 : Je... C’est juste une petite question sans conséquence, histoire de conclure notre discussion sur une note un peu légère...
  • DG : Une note légère ? Voilà une seconde insolence dans la même minute. D’abord, vous me demandez à qui je ressemble, alors que cette réponse est évidente pour tous les tintinophiles passionnés. Et ensuite, vous considérez cette question sans conséquence...
  • 7SANS14 : Mais... C'est vous qui venez de nous dire qu’il fallait être un peu fou pour...
  • DG : Ne cherchez pas à noyer le poisson et restons-en là.
  • 7SANS14 : C’est dommage, mais c’est comme vous voulez.
  • DG :  Et si, entre deux occupations inutiles, ou deux lectures des Tuniques bleues, vous avez le temps de vous intéresser à des choses plus sérieuses, alors je vous conseille vivement de relire l’album Tintin au Tibet, précisément le moment où nos héros séjournent au monastère. C’est dans l’une de ces cases que vous me trouverez.
  • 7SANS14 : Vous voulez dire que le moine qui lévite, c’est vous ?
  • DG : Non, monsieur, moi, j’ai les pieds sur terre, moi monsieur, je ne décolle pas du sol en inventant des visions venues de nulle part. Si vous voulez savoir où Hergé m’a dessiné, regardez avec attention la case où le jeune Lobsang se fait pourchasser par Milou et repérez la bulle suivante : « Il faut acculer cet animal dans un coin ». Le moine avec les yeux ronds comme des verres de lunettes, c’est moi.
  • 7SANS14 : Je vais vérifier cela.
  • DG : D’ailleurs, vous savez ce que me disent mes collaborateurs, dès que je pose mes lunettes rondes de chercheur sur le nez, lorsque nous manipulons nos souris de laboratoire et que l’une d’entre-elle nous échappe des mains ?
  • 7SANS14 : Je serai curieux d’entendre ça...
  • DG : « Il faut acculer cet animal dans un coin »
  • 7SANS14 : Je vois...
  • DG : Si c’est pas une preuve 

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