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Résidence d’artiste Pays de Grasse

Frédéric Viguier a été invité par le Pays de Grasse à une résidence d’artiste. Résidant au village de Caille - là où une météorite a choisi d’atterrir il y a 165 000 ans -, il raconte dans cet ouvrage son expérience enrichissante et son périple dans cette contrée de l’univers que l’on nomme le Haut-Pays grassois.

Extrait de : Un moment de Grasse

Des débuts compliqués

Je n’ai pas toujours été écrivain ou auteur de pièces de théâtre. J’ai commencé par être un écolier dissipé, un collégien qualifié de cancre, un lycéen qui s’ennuyait et un étudiant que la faculté a mis à la porte du savoir officiel. Heureusement pour ma survie sociale, j’avais développé une passion un peu étrange pour la publicité. Étrange, car mon intérêt pour la publicité trouve son origine l’année de mes quinze ans, et surtout à l’occasion d’une lecture édifiante : celle de la pièce de théâtre Cyrano de Bergerac. J’ai été fasciné par cet art d’exprimer en quelques mots ce qu’une page met trop de temps à démontrer. Je n’ai pas retenu de ma lecture de Cyrano des pans entiers de tirades, mais quelques sentences définitives. « Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul » ou « Moi, c’est moralement que j’ai mes élégances » étaient mes phrases de chevet.

Un artiste me passionna dans le même temps, en l’occurrence Léo Ferré. Je tapais à la machine à écrire des phrases sorties de leur contexte, peut-être pour me nourrir d’un savoir-faire que l’école n’enseignait pas ; des phrases comme celle-ci : « Ce n’est pas le rince-doigts qui fait les mains propres, ni le baisemain qui fait la tendresse… » J’ai cherché quel métier me permettrait de vivre en inventant des phrases propices au questionnement ou à une émotion brute, lorsque je suis tombé sur cette publicité pour la marque Porsche, qui disait à peu près ceci : « Ne rien attendre, pas même un défi » ; une injonction que j’ai considérée digne de celles de Cyrano de Bergerac…

À la suite de la découverte de l’œuvre d’Edmond Rostand – né précisément cent ans avant moi, mais quel intérêt de préciser ces choses-là à cet instant du récit ? –, j’ai commencé à lire tout ce qui concernait les métiers de la publicité, pendant que mon professeur de français me réprimandait avec régularité. Et bien plus tard, lorsque je suis devenu un fabricant d’accroches publicitaires, un producteur de tirades à vocation commerciale, ce fut encore à mon profit – lorsque je créai une chaîne de magasins de vin –, puisqu’aucune agence de publicité ne m’offrit la possibilité d’être rémunéré pour inventer des slogans.

Cette passion pour les sentences qui savent, en quelques mots, choquer ou émouvoir plus efficacement que des pages de littérature ennuyeuse, s’est renforcée sans effort lorsque j’ai constaté qu’il n’y avait pas de grands artistes sans phrases historiques ; qu’il n’y a pas de véritables génies sans le sens de la formule :

  • Albert Einstein : « Si je fais des mathématiques, c’est essentiellement pour vérifier mes intuitions »
  • Pablo Picasso : « Quand je n’ai pas de bleu, je mets du rouge… »
  • Mozart : « La musique n’est pas dans les notes, mais dans le silence... »
  • Bernard Dejonghe : « Je fabrique du vide massif »

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