Marie Durand : de la Constance pour résister

Publié le 31 juillet 2026 à 11:42

Au XVIIIᵉ siècle, le pouvoir royal et religieux souhaite imposer cette doctrine : « Un seul roi, une seule loi, une seule foi ». Faisant suite à la Révocation de l'Édit de Nantes par Louis XIV en 1685, interdire le culte réformé dit protestant est la suite logique d’une stratégie politique destinée à ôter aux huguenots leur statut social, le pouvoir social et leur puissance financière (dans la lignée de ce que subir les Templiers). Les adeptes clandestins d’un culte devenu illégal et les résistants à l’oppression prennent les armes, avant d’opter, après la mort de Pierre Laporte dit Rolland pour une résistance pacifique. Malgré tout, la chasse aux protestants ne faiblit pas, ce qui oblige nombre d’entre à opter pour l’exil, afin d’échapper aux galères, à la prison ou à la mort. C'est dans ce contexte de persécution que s'inscrit le destin de Marie Durand. Née en 1711 dans le Vivarais, cette femme cévenole est devenue la figure emblématique de la résistance protestante. Son nom reste indissociable de la Tour de Constance, à Aigues-Mortes, où elle fut capturée et enfermée pendant près de quatre décennies pour avoir refusé d'abjurer sa foi.

Les causes de l’enfermement de Marie Durand

L'arrestation de Marie Durand en 1730, alors qu'elle n'a que 19 ans, s'explique par la politique répressive du pouvoir royal contre la religion réformée et par la situation de sa propre famille.

  • Une famille de résistants : Son frère, Pierre Durand, est un pasteur du « Désert » qui prêche clandestinement dans la région. Sa tête sera mise à prix tel un vulgaire brigand, ce qui attisera les convoitises et donc les dénonciations.

  • Le chantage : N'arrivant pas à capturer le pasteur, le pouvoir royal choisit d’enfermer le père de Pierre Durand (Etienne), puis la sœur en espérant que Pierre Durand se rende. 

  • Le refus de renier : Mais Pierre Durand ne cède pas au chantage (tout en mettant à l’abri sa femme et ses enfants). Marie Durand reste enfermée après la mort de son frère (arrêté deux après le transfert de Marie à La Tour de Constance), et son père libéré après de nombreuses années de prison au Fort de Brescou près de la ville d’Agde. 

Pourquoi Marie Durand est sortie si tard de la Tour de Constance

Enfermée de 1730 à 1768, Marie Durand passe 38 ans de vie dans la Tour de Constance. Alors que son frère est mort, pendu en 1732 à Montpellier, pourquoi n’a-t-elle pas été libérée comme ce fut me cas de son père ?

  • La traque sans relâche de la clandestinité : Tant que les assemblées clandestines et la résistance protestante persistait dans le Midi de la France, le pouvoir royal et religieux souhaitaient montrer leur détermination à interdire la pratique du culte protestant et à punir sévèrement les récalcitrants. Marie Durand et ses compagnes de la Tour de Constance servaient donc de rappel à l’ordre. 

  • Une détermination sans égale : Durant toute sa détention, Marie Durand refuse d’abjurer, c’est-à-dire de renier son engagement protestant, en échange d’une liberté au rabais. Devenue la figure d'autorité et de soutien moral pour les autres prisonnières, elle entretient une correspondance active avec le monde extérieur et grave dans la pierre le mot célèbre : « REGISTER » (Résister). Si certaines des prisonnières, lassées par les conditions de détention et influencée par leur famille, accepte d’abjurer, cela ne les empêche pas, une fois dehors, de renouer avec la foi protestante sans être inquiétées. 

  • Un oubli : Il faut attendre les années 1760 pour que les mentalités évoluent au sommet de l'État, portées par l'esprit des Lumières et l'action de personnalités comme le prince de Beauvau, gouverneur du Languedoc. Choqué par les conditions de vie des dernières captives d'Aigues-Mortes, il prend sur lui de les libérer en 1768, à l'encontre des ordres stricts du roi Louis XV. Jusqu’à cette intervention, il faut admettre que le sort des prisonnières de la Tour de Contance n’intéressait personne, ces femmes n’ayant, de surcroît, souvent plus de famille pour faire parler de leur martyre.

Finalement, libérée à l'âge de 57 ans, brisée physiquement, Marie Durand regagne sa maison natale du Bouschet de Pranles. Un dernier conflit va l’opposer à sa nièce, d’ordre financier celui-ci, ce qui gâchera cette ultime période de sa vie. Pour mieux supporter sa solitude, elle fera venir une ancienne détenue, du nom de La Goutête, au hameau familial (ou ce qu’il en reste). C’est en 1776 que Marie Durand décèdera dans une maison qui est depuis devenue un musée.

Pour aller plus loin...

Le nouveau roman de Frédéric Viguier donne à voir une Marie Durand plus intemporelle que jamais. Ce texte écrit du point de vue de cette femme d’exception nous incite à la réflexion en donnant la parole à ses pensées les plus intimes. 

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